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Politique familiale: la Suisse est la lanterne rouge des pays européens

Von SP Frauen* Schweiz / PS Femmes* Suisse, 8. juin 2020

Blog de Mathilde Crevoisier, membre du comité directeur des femmes* socialistes suisses

Aujourd’hui, la maternité constitue un important facteur d’inégalité. Après la naissance, les déséquilibres entre femmes et hommes s’accentuent : chez les femmes, le travail non rémunéré (prise en charge des enfants, ménage) prend l’ascenseur tandis que l’évolution professionnelle ralentit, avec toutes les conséquences que cela implique en termes d’indépendance financière et de prévoyance vieillesse. Face à une problématique aussi centrale, le congé parental s’est naturellement imposé parmi les principales revendications des Femmes* socialistes lors de la grève des femmes du 14 juin 2019.

En matière de politique familiale, la Suisse est la lanterne rouge des pays européens. Un congé maternité minimaliste de 14 semaines, rémunéré à seulement 80 %, et aucun congé paternité. Une protection insuffisante contre le licenciement lors du retour au travail, des conditions de travail peu compatibles avec la vie familiale et un nombre insuffisant de places en crèche. Les besoins sont considérables pour rattraper ce retard.

Dans ce contexte, le congé parental égalitaire apporte une réponse multiple et efficace : il contribue à l’égalité entre femmes et hommes en bousculant la répartition des rôles traditionnelle, réduit les inégalités salariales et la discrimination des femmes à l’embauche et durant leur carrière, non sans avantager également les entreprises (hausse de la productivité et de la satisfaction, fidélisation, lutte contre la pénurie de personnel).

Dans les faits, l’idée du congé parental égalitaire a encore du chemin à faire. Pour l’heure, la Suisse doit voter en septembre 2020 sur un congé paternité de deux semaines. Largement soutenu par la population, le principe a été approuvé par le Parlement malgré le rejet du Conseil fédéral, puis attaqué par la droite en référendum. La votation de cet automne servira à mesurer l’ampleur du soutien populaire à une politique familiale plus progressiste, et marquera inévitablement la suite du débat.

Car bien évidemment, le congé paternité n’est qu’une étape. Les discussions sont en cours pour lancer une initiative fédérale, dans le cadre d’une alliance réunissant les partis de gauche, les syndicats et diverses commissions et organisations, à laquelle les Femmes* socialistes participent activement.

Face aux blocages au niveau fédéral, la mobilisation s’organise aussi dans les cantons. Les Partis socialistes des cantons de Lucerne et de Zurich ont lancé une initiative pour un congé parental de 36 semaines, réparties à égalité entre la mère et le père. Le PS bernois prépare également une initiative cantonale dans ce sens.

Lors de la grève du 14 juin 2019, les Femmes* socialistes ont revendiqué un congé parental égalitaire de 50 semaines, conformément à leur Manifeste pour un socialisme pleinement féministe (2017). Un congé d’un an garantit à la fois la santé de la mère et de l’enfant tout en promouvant un modèle paritaire, qui permet aux pères d’assumer leur rôle, réduit la discrimination des femmes sur le marché du travail et rééquilibre efficacement le temps consacré aux tâches d’éducation, de soin et de ménage.

Dans le cadre d’une future initiative fédérale, la question de la durée du congé parental fera débat, et nécessitera peut-être un compromis. Cela étant, il y aura des exigences minimales sur lesquelles on ne pourra transiger : une augmentation substantielle du congé alloué à la mère – la durée de 14 semaines étant insuffisante à tout point de vue –, et l’obligation pour le père de prendre lui aussi un congé de « longue » durée, qui se rapproche voire équivaut à celui de la mère.

Proposer un congé parental digne de ce nom, c’est offrir enfin à la société suisse une politique familiale en phase avec sa réalité et ses aspirations. Par leur travail rémunéré ou non, les femmes et les hommes contribuent à la prospérité économique de la Suisse. Il est temps de reconnaître cet apport à sa juste valeur.