Nous sommes les femmes* socialistes


« Féminité » vous avez dit ?

Von SP Frauen* Schweiz / PS Femmes* Suisse, 18. juillet 2019

Article rédigé par Aurélie Friedli pour le Journal Causes communes https://www.ps-geneve.ch/causes-communes

En cette année 2019 de grève féministe, on peut se demander comment s’incarne et se réinvente aujourd’hui le fait d’être femme et/ou la « féminité ». Mais qu’est-ce que la « féminité » ? Et surtout est-ce que cette question vaut encore la peine d’être posée ?

La « féminité » qui signifie l’ensemble des caractères anatomiques et physiologiques propres à la femme devient bien souvent l’ensemble des traits psychologiques ou physiologiques considérés comme féminins, soit ceux qui sont reconnus traditionnellement à la femme.

Si en apparence l’égalité progresse, les femmes* font paradoxalement face à de très fortes injonctions de « féminité », précisément. Les attentes de la société quant à nos corps et surtout à la manière de s’en occuper sont présentes au quotidien. Il est attendu que le corps des femmes* ne soit pas laissé au naturel mais au contraire qu’il soit rendu plus « beau ». Les injonctions sont nombreuses : soit mince, soigne tes cheveux, soit épilée, porte des talons, soit maquillée.

« Rappelons d’abord que les jupes, talons hauts, collants fragiles, bijoux encombrants, lingerie fine, sacs à main et autres accessoires censés être consubstantiels à la féminité ne vont pas de soi. Certaines peuvent préférer une tenue plus pratique, qui leur permette de courir, de travailler en étant libres de leurs mouvements, de bricoler. » (Mona Chollet, Beauté fatale, 2012)

Les mentalités mettent du temps à évoluer. Certes. Mais à certains égards, les injonctions n’ont jamais été aussi fortes, puisque martelées par les médias et la publicité. Sur les réseaux sociaux celles qui osent dire haut et fort qu’elles ne s’épilent pas le sexe ou qui ont l’outrecuidance de montrer leur cellulite sont exposées à l’opprobre ou au harcèlement de leurs pairs.

Heureusement le body positivisme est également apparu. De plus en plus d’initiatives de sensibilisation et de normalisation d’« autres formes de féminité » voient le jour. Cette année Januhairy ou janvier poilu a permis à de nombreuses femmes* à travers le monde d’accepter leur pilosité, parce que oui, nous sommes à poils !

En y participant et en ayant, pour la première fois de ma vie, de longs poils sous les aisselles, je me suis rendue compte que je n’oserais sûrement pas en été. Parce que la pression sociale sur nos corps est trop grande. Parce que je ne supporterais pas les regards qui désapprouvent. Parce que j’ai intégré que le « canon féminin » n’a pas de poils. Mais qu’est-ce que c’est agréable de ne pas penser à ce genre de contraintes pendant quelques mois ! Et qu’est-ce que ce serait chouette, si la société foutait la paix aux femmes* avec leur corps !

Quelques mois plus tôt, je m’essayais à ne plus porter de soutien-gorge, alors même que mes seins pendent. Mais qui a décidé d’un canon de beauté des seins ? Qui a inventé ce vêtement étrange qui est censé soutenir notre poitrine en toutes occasions ? Je me suis alors sentie très libre (et ma poitrine aussi) !

Ces initiatives m’ont permis de me questionner sur ce qu’est la féminité. De me demander ce que la société attend des femmes et leur impose. D’explorer et de définir ce qu’est ma féminité.

J’en suis arrivée à la conclusion suivante : Ce que la société attend de nous ? Peu importe ! Personne ne peut nous dicter comment investir notre corps, comment le montrer ou non, comment le modifier, comment l’accepter. Chacune a le droit de se réapproprier les codes dits féminins et l’esthétique. Sortons des diktats culturels et de la mode si ceux-ci ne nous conviennent pas. Conformons-nous y s’ils nous conviennent ou si nous n’avons pas envie de sortir de la norme. Être femme* et/ou féminine appartient à chacune de nous, à nous de déterminer ce que ces termes signifient pour nous.

« On peut mettre du temps à apprivoiser la féminité ; on peut aussi ne jamais y venir, et ne pas s’en porter plus mal. » (Mona Chollet, Beauté fatale, 2012)